Deux idées valent mieux qu’une, surtout quand la deuxième annule la première.
Georges Elgozy, Le Fictionnaire
Un chemin de fer souple, avec des rubriques bien nommées, et une variété de rythme entre les séquences texte/images, de bons outils (encadrés, cartes, chronologies, portfolios, portraits, citations, exergues…) afin d’entretenir, voire relancer l’intérêt, un bon équilibre entre rédactionnel et publicités ou annonces institutionnelles : le terrain de la création éditoriale a tous les outils pour satisfaire le client le plus sourcilleux… Sans proposer l’irréalisable, ni l’imbuvable, il faut jongler agilement entre les codes maison et ceux des lecteurs !
Jolie femme, la presse est ici aussi multiple que toutes ses périodicités ; l’édition, par nature prolixe, est une amante presqu’autant exigeante ; la communication d’entreprise est quant à elle une maîtresse sans partage, mais pas moins demandeuse de créativité.
À ces trois amies, rendons grâce : elles assurent à tant de galériens un quotidien d’exigence, en idées, flacons, fragrances, chatoiements. Quelques exemples ayant émaillé 30 années de créations éditoriales, et qui finalement poussent toutes seules, sans cesse.
2003/2007 • Lorsque Rampazzo&Associés, dont je suis le responsable éditorial-associé, reprend ce produit retiré à l’agence Publicis, le cahier des charges semble lourd. Moderniser le look de cet annuel de doctrine économique, assurer la coordination éditoriale entre les auteurs-consultants internes et les people invités sur telle ou telle thématique, et bien sûr assurer des rewritings lourds tant ce public parle plus qu’il n’écrit. Il faudra aussi trouver des éditeurs afin de porter au grand public la bonne parole de ces thèmes évocateurs et pertinents, décliner l’objet en mini-site Web, créer ici ou là quelques textes. Plusieurs opus en autant d’années de collaboration intense avec une équipe de choc chez le leader mondial du consulting, i.e. de l’expertise.
2012/2013 • Ce magazine trimestriel du groupe La Poste, à destination des élus et partenaires locaux, change de peau. Il va porter celle que j’ai concoctée avec notre équipe graphique (charte de la nouvelle formule à la clé). La difficulté réside dans le mode d’élaboration du magazine qui, pour affirmer sa proximité, donne la main aux agences régionales du Groupe pour réaliser « leurs » pages. Gabarits, calibrages et conseils sont donnés en amont. Il faut donc à chaque numéro, outre les pages nationales communes, éditer toutes celles des différentes régions. Gros trafic de pages, et bonnes négociations… La formule me survivra, jusqu’à l’été 2015, ce qui est un score honorable.
1998 • Little Big Man, l’agence de packaging éditorial dont je suis associé, très minoritaire, travaille beaucoup pour l’éditeur de fascicules encyclopédiques Marshall-Cavendish (voir aussi « rédaction »). Cet éditeur anglais propose notamment une série généraliste, type le Tout l’univers de ma jeunesse », en plus de 160 numéros. Or cet ensemble doit être relooké, modernisé, mis à jour et augmenté de contenus inédits pour constituer une encyclopédie en 15 volumes (plus de 5 000 pages) destinée au marché GMS. Le tout en six mois. C’est tout un bureau de fabrication, près de 50 intervenants éditoriaux (éditeurs, auteurs, iconographes) qu’il faudra recruter puis gérer afin de remplir le challenge. Oui, notre monde est vraiment formidable !
2002 • ce livre aurait dû paraître à l’automne, chez Solar. Commandité par la Fondation Vivendi Universal, le projet va être stoppé avant impression, car Jean-Marie Messier est dans la tourmente. Nous avions travaillé avec 7 journalistes régionaux pour aller interviewer la vingtaine de lauréats de la Fondation, et un rédac’chef venu de Sud-Ouest. Mon copain photographe Xavier Lambours a accepter le défi de ce tour de France et produit des images fortes, des portraits canons. L’espoir est resté vivant malgré ces images et textes restés lettres mortes…
2001 • Sous l’ère Bernard Thibault, la centrale de Montreuil a encore une allure, une audience. On nous demande de revoir la maquette de la Nouvelle Vie Ouvrière, titre amiral de la CGT, et aussi la publication de sa puissante fédération Mines/Énergie (pratique quand tu travailles en parallèle pour Total !). Mais les deux titres sont conçus, mis en musique par nos D.A. et je suis content d’avoir trouvé le titre « NVO » qui, 20 ans plus tard, reste lui en vigueur. 2008 • Le livre conçu (et rédigé) pour l’association sportive du golf d’Étretat doit lui rapporter de l’argent, notamment pour financer les festivités du centenaire du club. Alors outre la version édition grand public (96 pages) qui sera hébergée aux Éditions des falaises, je prévois une version partenaires (vendue par le club et à ses membres), précédée d’un cahier publicitaire (régie rouennaise) mais aussi un tirage limité, acheté par un hôtel des plus réputés de la ville, si intimement lié au golf qu’il sera possible de lui consacrer un cahier de 16 pages en amont de la version édition. L’ensemble de l’opération fut bénéficiaire, et le livre salué par l’historien spécialisé Georges Jeanneau. Mais je ne verrai pas le bicentenaire…2012 • Fort d’un an d’expérience localement, j’ai répondu présent au souhait jamais concrétisé de mon employeur de proposer un annuel de référence, en distribution hôtelière et sélective, sur les meilleures adresses de la ville ocre. Nous avions toutes les infos grâce à notre mensuel le Marrakech Pocket, il fallait aussi les mettre en musique (chemin de fer, maquette de mon amie D.A. de Casablanca, Sophie Goldring), les traduire pour la version anglaise, les adapter pour l’appli smartphone… et financer l’ensemble par les annonceurs. Brouillé avec mes commanditaires, j’ai quitté le Maroc sans savoir si ce beau projet, piège à pub au budget très prometteur, avait vu le jour. Mais le bébé reste reproductible !
2013/2014 • Envies de digital publishing… Fou comme on peut enrichir des publications « print » avec des logiciels, type Aquafadas, qui les démultiplient sur écrans numériques : intégration de diaporamas, vidéos, sons, pages HTML, liens Web (avec arrivée via le navigateur sur un panier d’achat), boutons d’action, flux RSS, animations, partages Facebook / Twitter, géo-localisation… La conception éditoriale de tels « tablazines » a été développée pour le groupe Cyrus (finances) et pour Office&Culture, trimestriel référent sur l’actualité et l’environnement des bureaux. Malgré des taux d’usages de tablettes en hausse chez les publics cibles (CSP+++), aucun de ces clients n’a osé franchir le pas, même si les études démontraient à l’époque que la presse professionnelle développe 29% de son lectorat en « exclusifs digital ». Trop tôt ? Jamais trop tard ! Le ROI sur cet investissement, monétisable auprès des partenaires et du lectorat des supports, est attractif. Et toute la matière engagée pour le print est ici amortie… À suivre !
2002/2004 • Des titres pour les expositions pour la Cité des sciences et de l’industrie ? Cela semblait légitime après avoir rédigé le rapport d’activité de l’établissement, mais pas évident au vu des « copy strategy » très exigeantes élaborés par la Dircom de l’institution. Mais le temps a prouvé qu’avec mon complice D.A. Olivier Fontvieille nous formions alors un binôme créatif et pertinent.
2005 • Voici une création dans laquelle je me suis jeté, comme souvent, à corps perdu. Il s’agissait tout de même du premier magazine de ma région, à l’époque. L’équilibre façonné, mêlant codes de presse et nécessités institutionnelles, a emporté l’adhésion et ma fierté. D’autant que cette formule (un bimestriel de 24 pages en format berlinois, tiré à 4,7 millions d’ex.) a longtemps perduré, même chez les agences concurrentes ayant repris le marché de sa réalisation.